Le gouvernement a récemment proposé, dans le cadre du projet de loi de finances 2026, un amendement visant à remplacer l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) par un « impôt sur la fortune improductive ».
Sur le papier, l’idée peut sembler vertueuse : faire contribuer davantage les capitaux qui « dorment ».
Mais dans les faits, ce texte ouvre une brèche inquiétante : l’inclusion des fonds euros des contrats d’assurance-vie dans la catégorie des actifs “improductifs”.
Une décision qui relève, disons-le clairement, de l’hérésie économique.
Les fonds euros : pilier de l’épargne et moteur de financement
Rappelons-le : les fonds euros, ces supports garantis qui composent une large partie des contrats d’assurance-vie, ne sont en rien une épargne « morte ».
Selon La Tribune, plus de 60 % des encours des assureurs sont investis dans des titres d’entreprises et des obligations, contribuant ainsi directement au financement de l’économie réelle.
Autrement dit : les fonds euros irriguent les entreprises françaises, soutiennent l’investissement et stabilisent les marchés financiers en période de crise.
Les taxer au motif qu’ils ne seraient « pas productifs » revient à méconnaître leur rôle macroéconomique fondamental.
C’est un peu comme si, au nom de la vitalité, on décidait de pénaliser le cœur pour ne récompenser que les muscles.
Une mesure contre-productive et incohérente
Cette taxation enverrait un signal catastrophique :
- 👉 aux épargnants, qu’on pousse vers des placements plus risqués ou délocalisés ;
- 👉 au secteur assurantiel, déjà soumis à des tensions sur la gestion de taux ;
- 👉 et plus largement, à la confiance dans la stabilité de l’épargne française.
La conséquence ? Une probable décollecte massive des fonds euros, pourtant considérés comme la pierre angulaire de l’épargne longue des ménages.
Et c’est là que le parallèle avec la loi Sapin 2 devient troublant.
Loi Sapin 2 : quand l’État se réserve le droit de bloquer les retraits
Souvenons-nous : la loi Sapin 2, votée en 2016, autorise le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) à suspendre temporairement les rachats et arbitrages sur les contrats d’assurance-vie en cas de risque systémique.
Cette disposition visait à éviter une panique financière si les épargnants retiraient massivement leurs fonds.
Or, le nouvel impôt sur la « fortune improductive » crée précisément les conditions d’une telle panique !
On taxe, donc on incite à retirer.
Et si trop de retraits ont lieu… on bloque.
Un scénario aussi absurde qu’inquiétant pour la liberté patrimoniale des Français.
Deux logiques qui s’annulent
➡️ D’un côté, l’État veut encourager l’investissement productif et la stabilité du système financier.
➡️ De l’autre, il taxe les supports les plus stables et menace de verrouiller leur liquidité en cas de crise.
Résultat : une perte de confiance, une incitation à l’exil de l’épargne, et une incompréhension totale du rôle de l’assurance-vie dans le tissu économique français.
Taxer les fonds euros au nom de la « fortune improductive » n’est pas une réforme : c’est une erreur de diagnostic.
Les fonds euros ne sont pas un matelas fiscalement confortable ; ils sont le socle du financement de notre économie et la clé de la stabilité patrimoniale de millions de Français.
Avant de vouloir « faire payer les capitaux dormants », encore faudrait-il savoir lesquels dorment vraiment.