La taxe Zucman : un impôt mondial sur les grandes fortunes

Table des matières

Catégories

La question de la taxation des grandes fortunes mondiales est au cœur des débats économiques et sociaux. Face à la montée des inégalités et aux limites de la fiscalité nationale dans un monde globalisé, l’économiste français Gabriel Zucman a proposé une taxe mondiale sur les milliardaires, souvent appelée taxe Zucman. L’objectif est de mettre en place un mécanisme international capable d’imposer équitablement les ultra-riches, dont la mobilité financière et l’optimisation fiscale échappent souvent aux systèmes traditionnels.

Contexte : pourquoi une taxe mondiale sur les grandes fortunes ?

Depuis plusieurs décennies, les inégalités se creusent de manière spectaculaire. Les travaux de Gabriel Zucman et Thomas Piketty montrent qu’une minorité détient désormais une part disproportionnée du patrimoine mondial. Or, les fiscalités nationales se révèlent limitées pour répondre à ce phénomène. Les milliardaires disposent d’une mobilité financière telle qu’ils peuvent déplacer leurs capitaux vers des paradis fiscaux ou recourir à des sociétés-écrans, ce qui réduit fortement l’efficacité des impôts traditionnels.

Dans ce contexte, un besoin de coordination internationale apparaît. Après les avancées obtenues avec l’instauration d’un impôt minimum mondial de 15 % sur les multinationales, discuté au sein de l’OCDE, la réflexion s’élargit désormais aux grandes fortunes privées.

La taxe Zucman : principes et fonctionnement

La taxe Zucman repose sur une assiette mondiale. Elle viserait les patrimoines supérieurs à 1 milliard de dollars, évalués sur la base de la valeur nette des actifs (immobilier, actions, participations, comptes financiers). Son principe est simple : appliquer un taux minimal uniforme de 2 % par an au patrimoine net des milliardaires, afin d’éviter toute concurrence fiscale entre États.

Pour fonctionner, cette taxe nécessiterait une coopération internationale étroite. Elle impliquerait la création d’un registre mondial des patrimoines, adossé aux registres financiers existants, et le partage automatique d’informations entre administrations fiscales et établissements bancaires. Selon les estimations de Gabriel Zucman, le rendement fiscal d’une telle mesure pourrait atteindre 250 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale. Ces recettes serviraient à financer des politiques publiques ambitieuses dans les domaines de la transition énergétique, de l’éducation ou encore de la santé.

La taxe Zucman aurait pour premier effet de contribuer à la réduction des inégalités en rendant la contribution des ultra-riches plus équitable. Elle permettrait également de financer des biens publics mondiaux tels que les infrastructures, le climat ou la santé, tout en renforçant la lutte contre l’évasion fiscale grâce à une transparence financière accrue. Enfin, elle constituerait une mesure politiquement légitime et populaire, dans un contexte de tensions sociales et de recherche de justice fiscale.

Sa mise en œuvre soulève néanmoins de nombreux défis. La complexité technique et politique est considérable, puisqu’elle suppose un accord multilatéral entre les grandes puissances. Certains craignent que les ultra-riches cherchent à contourner le dispositif via des mécanismes sophistiqués comme les trusts, les sociétés offshore ou encore les cryptomonnaies. D’autres soulignent l’opposition politique probable, liée à la crainte d’une fuite des capitaux et à la remise en cause de la souveraineté fiscale des États. Enfin, se pose la question de la répartition des recettes entre pays : comment déterminer quelle part doit revenir à chaque État ?

Perspectives : un pas vers une fiscalité mondiale ?

La taxe Zucman s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de construire une fiscalité internationale plus juste et mieux coordonnée. Après le succès de l’impôt minimum mondial sur les multinationales, elle pourrait constituer la prochaine grande étape vers une fiscalité globale adaptée à l’ère de la mondialisation. Mais cette ambition se heurte encore à des obstacles majeurs de gouvernance et de coopération politique.

En définitive, la taxe Zucman reflète une idée de plus en plus partagée : à l’heure où les capitaux circulent sans frontières, la fiscalité doit elle aussi devenir mondiale pour rester efficace et équitable.

Nos derniers articles

Actualités Patrimoniales

5 Nov 2025

Taxer les fonds euros : une hérésie économique et un dangereux précédent pour l’épargne des Français

Le gouvernement a récemment proposé, dans le cadre du projet de loi de finances 2026, un amendement visant à remplacer l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) par un « impôt

Lire la suite

Actualités Patrimoniales

15 Sep 2025

Rapport Daubresse-Cosson : relancer l’investissement locatif en France

Le 30 juin 2025, le sénateur Marc-Philippe Daubresse (Hauts-de-France) et le député Mickaël Cosson (Côtes-d’Armor) ont remis au Gouvernement leur rapport parlementaire intitulé « Pour une relance durable de l’investissement

Lire la suite

Actualités Patrimoniales

2 Sep 2025

SCPI / OPCI : investir dans l’immobilier sans les contraintes de gestion

Qu’est-ce qu’une SCPI ? La SCPI (Société Civile de Placement Immobilier) est un véhicule d’investissement collectif qui permet aux particuliers d’investir dans l’immobilier locatif sans acheter directement un bien. Concrètement,

Lire la suite

Actualités Patrimoniales

2 Sep 2025

Loi Pinel / Pinel Plus : fin d’un dispositif phare de défiscalisation immobilière

Un dispositif emblématique de la défiscalisation immobilière Instaurée en 2014, la Loi Pinel a longtemps été le pilier de l’investissement locatif en France. Elle visait à soutenir la construction de

Lire la suite